II – Au travers du dragon (Chine 2015)

DSC_2593Prends mon temps. Suis pas du genre pressé. Au premières lueurs, mes inspirations lyriques et misérables, je dégueule… j’ai beau avoir senti l’urgence de péter ma coche, pourfendre l’amour et l’espoir, toujours rivé vers l’approximation d’une authenticité, je cherche encore pourquoi. Je n’ai aucune réponse. Je doute continuellement. Et voyager fait de mon inconfort une manière de frapper du poing la table de verre. Aujourd’hui, chaque seconde est une trouvaille, une victoire que j’arrache au quotidien crasse. Alors, mon frère, ma soeur, ne m’en veux pas si je peine à respecter la linéarité de mon existence.

Après deux nuits de rêves inassouvis à Beijing, John et moi avons pris le train pour Nanjing avec le forfait du devoir à accomplir. Nous étions traduits en mandarin, putain. Pas dans l’intégralité de notre oeuvre, ce qui aurait été le boutte du viarge, mais tout de même, près d’une dizaine de poèmes ont été traduits ici et là et publiés dans un livret que l’Alliance française de Nanjing s’est efforcée à mettre de l’avant pour promouvoir la francophonie. Qui osera dire que les Français ne pensent qu’à eux ? Qui osera dire que la France se fout de « sa » francophonie ? Les francophones de la terre entière sont mes frères, mes soeurs. Nous avons cette façon suave de nous commettre et d’étirer les soirées en espérant mourir radieux.IMG_1819

En chemin, l’apocalypse, l’humanité à son paroxysme pitoyable. Foyers de fumée, réacteurs nucléaires, cheminées carburant au charbon… une vue d’ensemble à 300 Km/h. J’apprends quelques caractères chinois en me réjouissant que mes connaissances de la langue coréenne, mine de rien, me permettent, à bien des égards, de mieux apprendre le mandarin.

Mais jamais je ne serai libéré de cette obsession de devenir l’Autre. Le temps manque. Si je pouvais m’y mettre, je me serais permis de faire le trajet à pied, question de vivre le pays et d’entendre la rumeur révolutionnaire de ses paysans. Ce qu’ils en disent ? Une fois les sales  impérialistes foutus dehors et qu’on leur bloque même toute connexion Internet… comment entretenir l’empathie, la compassion… comment ne pas être réactionnaire… comment prier le Dalai Lama IMG_1832sans risquer de passer pour un terroriste. Je marche la botte légère avec ces lourdes pensées qui, inévitablement, affectent mon crâne. J’en ai des maux de tête affreux. Faut-il glorifier la Chine, faut-il la dénoncer, comme le fait hypocritement nos gouvernements occidentaux…

Je ne sais pas. La Chine est. Elle est. Et nous essayons d’être. IMG_1841Ce que nous reprochons à l’Asie, pensez-y, ce sont des pourritures provenant de l’Occident. La Chine est trop polluée car le modèle de vie américain ne peut être appliqué à l’ensemble de la planète. Fuck. Il faut relire Kant.

Entre Beijing en Nanjing, j’ai vu la dystopie du monde moderne. J’ai vu la fin de l’humanité. J’ai cherché les oiseaux et je ne les ai pas trouvés. J’ai cherché la quiétude et il ne m’est resté qu’une vague impression de boucane dégueulasse. Est-ce que la Chine se résume à cela ? Non. La main pleine de corne du contrôleur, le regard inquiet de la vieille dame, le sourire de celui à qui je donne pour qu’il me porte bonheur…. La Chine, un grand pays qui se construit dans l’urgence, un peu comme s’il fallait récupérer quelques siècles en seulement quelques décennies. La terre en est meurtrie. C’est ça, au fond, la Chine une terre meurtrie par l’urgence d’être aussi dégueulasse que l’Occident. On aura beau tout leur reprocher, se croire jusqu’au bout mieux qu’eux. Or les Chinois sont fiers.

Ils sont forts de tous ces millénaires d’histoire. IMG_1844D’un paysage à un autre. Ce que je vois, c’est la construction de l’avenir. Des bâtiments qui domestiquent la colère. Des centre d’achats qui donnent l’impression d’être confortables. Ce que je sens, c’est le meurtre des voitures, le gaz des prolétaires qui s’endorment en crachant des caillots gris. Le prolétariat chinois, cette classe sociale sublime, cette classe qui a botté les fesses des Américains en Corée du nord. Les Chinois ont besoin de meilleurs outilIMG_1878s, ils ont besoin de grands combats. Ils ont besoin de mieux vivre. Ce ne sont pas les putains d’impérialistes qui leur montreront comment s’inscrire humainement dans l’existence, mais tout de même… je me questionne sur la portée symbolique du pseudo communisme chinois. La Chine est de gauche en cela que l’État intervient là partout, partout. L’interventionnisme  étatique est une doctrine que nous apprécions dans notre idyllique social-démocratie. Mais comment expliquer la censure ? Comment justifier la main-mise sur l’intellect social ? Quand ton pays ne te fait pas confiance… comment lui faire confiance ? Ce sont là des considérations toutes simples qui ont été au coeur d’un bon nombre de discussions que j’ai eues avec des Chinois tant de Beijing, de Nanjing que de Shanghaï. La majorité des anti-impérialistes trouveront en Chine des arguments officieux qui, ici (Amérique du Nord), au contraire, font office de marginalité. Comment dire, à chacun son dragon, pour autant que l’on sache où le frapper pour le réveiller.

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Neige, des Sorel pis les écureuils pauvres

/home/wpcom/public_html/wp-content/blogs.dir/6ec/41356817/files/2014/12/img_1684.jpgÇa fait un bon boutte que je n’ai pas pris le temps de t’écrire. Mais j’y pense, là, ça me prenait un peu de recul. Mon édredon, y’est sale. Au retour d’Asie, je me suis mis à surtravailler au collège comme un authentique concierge de la littérature; trois groupes de 103, un groupe de création poétique. J’ai ben beau avoir aimé enseigner Hwang Sok Yong pis la colère pis le besoin de justice pis la révolte légitime pis la réunification, pis et pis et pis, pis après ? Et puis mon directeur de thèse, pour une deuxième année de suite, m’a donné du boulot d’enseignant auxiliaire pour un cours d’introduction au Québec au bacc à l’UdeM. Résultat ? J’en ai mal au coeur de la putain de Révolution tranquille qui dans ma tête ne veut stricte plus rien dire d’autre qu’une vieille nostalgie malsaine. Je suis écoeuré d’entendre le récit historique officiel dépourvu de conflit du Québec, car il n’y a là que des ritournelles de défaites sous-entendues, des abandons glorieux, des occasions manquées satisfaisantes, des merditudes ordinaires qui me font vomir par en dedans. J’ai l’impression que l’histoire du Québec est une longue succession de mornifles existentielles pis que tout le peuple, dans un chauvinisme de brocante, se gargarise de seulement quelques décennies de bravoure où on a nationalisé l’électricité pis crissé l’Église catholique dans le parking de nos institutions… Comme si le boutte du boutte s’arrêtait là. Nulle part. L’austérité. Le parté. La nuit incessante.
La nuit.
Incessante.

Comment te dire ça, ça pas été facile ces derniers mois. J’ai été tellement occupé que je n’ai même pas eu le temps de me plaindre sur Facebook comme la plupart de mes semblables. Ça m’aurait pour sûr pourtant fait du bien, j’pense.

Neige. J’ai pas à me plaindre, de mes 180 étudiants, j’ai seulement eu à gérer deux tentatives de suicide, une cancéreuse anémique , un sociopathe pis deux agressifs, une fille à papa qui m’a pleuré dans les bras parce qu’elle avait obtenu 76% pour un test qui valait seulement 5% dans l’année; une autre fille m’a braillé ça intense, mais ce coup-ci, c’était parce que son chum la battait depuis deux ans. Je pense aussi à ***, un vrai bon gars, un dur qui a de la famille qui s’est fait tuer en Haïti pendant le terrible tremblement de terre. Le gars est venu me voir pour me dire qu’il était en train d’entamer des démarches de désintoxication.

« C’est bon, je suis avec toé.

– Merci, Monsieur.

– Y’a pas d’quoi, tu me remettras ton travail quand ça ira mieux. »

Neige. Elle est tombée sur nos épaules pis m’a forcé déjà à pousser trois chars pognés qui spinnaient du t’ssour. Neige. Elle est venue s’approprier le paysage en camouflant les corps morts pis les traces de pisse. Elle m’a rappelé que j’étais chez nous.

Chez nous. Depuis septembre, depuis le parc Baldwin, je vais au collège en marchant, en écoutant l’intégral de Lennon pis des Beatles, pis des Doors, pis de Hendrix, pis de Gainsbourg. Plus de 6 kilomètres aller-retour dans la gadoue. Je viens de m’acheter des Sorel. De vraies bonnes bottes qui me permettent de traverser le paysage d’un pied pesant qui s’en câlice de la slush. AH ! Je suis un homme, un vrai, avec mes Sorel.

Mon roman est en chemin, je parle de celui sur les pauvres… Quelques-uns de mes chums m’ont conseillé d’arrêter d’écrire au «il», parce qu’on fait plus ça de nos jours. Que ce soit le néoterroir, le néointimisme, la néourbanité. Fuck off ! Mieux vaut plancher l’autofiction, paraît-y. Ça viendra peut-être, mais j’en ai vraiment rien à  branler des modes narratives.
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J’aimerais m’acheter une maison pas loin d’un pont, avoir un garage, un terrain, un chien, une cave, une piscine. Jouer de la hache, du pied-de-biche, du siphon. J’aimerais ne plus être un locataire qui bande par en-dedans à chaque augmentation de taxe que le proprio me refile par la bande. C’est pas évident. Neige. C’est pas évident.

Faudrait que je revienne à la poésie, que je me concentre sur l’avenir, que j’oublie le passé, que je me serve du présent. Faudrait que je me mette à t’écrire plus souvent, que je boive beaucoup moins, que je prenne plus soin des miens. Je suis pas mal seul de ma gang pis je m’en plains pas. C’est de même pour pas mal de monde.

Quand je parcours les trottoirs rivières de Montréal, mes pieds sont des sous-marins pis mes Sorel font que j’avance, j’avance, j’avance toujours, de jour en jour. Je sais pas où je vais pis je m’en câlice, l’important c’est que j’avance.

Les écureuils que je croise me donnent envie de me sentir chanceux. Eux-autres, ils sont dans la marde pas à peu près. Leur survivance me rappelle la mienne.

Sans éclat, ils travaillent comme des cons dans l’espoir de briller un peu plus tard.

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Danny Plourde, Montréal, 16 décembre 2014


Peuple styromousse

Je m’impose mon propre mélange
Avec mon coin à moi du sofa
Je me sens si moche
À des décibels où t’es située

Sans code-barre j’suis trop petit
Parfois je voudrais m’en donner la peine
Comme le soleil fatigué d’aller se coucher

Sommes certainement tous
Bourrés d’histoire qui nous apprennent
À nous taire