Le courage des amoureux

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Shanghaï, les cireurs de bottes et « Vive le Québec libre »

J’écris ces souvenirs dans la solitude de mon appartement du Plateau Mont-Royal. J’en suis déjà à quelques mois après mon retour de Chine. Seulement, je n’ai pas encore tout dit, tout montré, je le ferai jamais. Je n’ai pas encore terminé « Les tribulations d’un Chinois en Chine » de Jules Verne non plus, mais j’en ai lu assez long pour donner raison à Verne, cette ville en impose. Elle intrigue et offre une sacrée dose de contrastes à quiconque la visite une dizaine de jours. J’en suis revenu changé, pour sûr. Je me sens minuscule et précieux.

Le métro de Shanghaï est énorme. J’ai vu les métros de Paris, New-York, Tokyo, Séoul…; celui de Shanghaï est grave énorme. Il ressemble beaucoup à ceux de Tokyo et Séoul : moderne, propre, bourré de monde. La seule distinction, c’est qu’il n’y a pas IMG_2182beaucoup de jeunes femmes pimpantes comme en Corée et moins de vieillards comme au Japon. Étonnant. Je me suis posé la question; peut-être prends-je le métro à des moments du jour où les filles travaillent ? ou restent-elles à la maison ? Que sais-je ? Peut-être y a-t-il tout simplement moins de jeunes femmes ici-bas. Elles vont étudier à l’étranger ? Est-ce à cause de la politique de l’enfant unique qui aurait selon la légende urbaine avantagée les garçons ? Va savoir… un adon ?

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Dû à son passé colonial, Shanghaï porte encore les stigmates architecturales de l’influence occidentale britannique et française, notamment. Ce qui ne la met pas pour autant moins en valeur, au contraire. L’oeil en prend plein la vue et les photos sont inutiles pour rendre pleinement compte de l’extraordinaire décor urbain, tant tout est si compact et méticuleusement investi.

  1. Dans le quartier de l’ancienne concession française, on boit (au café des stagiaires), on mange, on parle en français. Certains détesteront, d’autres seront bien contents de se retrouver un brin en compagnie de bons vivants qui partagent la même grammaire. Rencontrer des chinois francophiles est toujours agréable, surtout lorsqu’on est sinophile soi-même ! Vivre en Chine (un séjour), c’est assez déstabilisant. Tous les petits besoins du quotidien sont compromis lorsqu’on est incapables de tenir la conversation en mandarin. L’anglais est inutile. Le langage du corps reste le plus fiable. Alors avoir la chance d’échanger dans la langue de Zola, c’est assez enivrant. Je plains les professeurs d’anglais (mais, au contraire qu’en Corée, ce ne sont pas les principaux étrangers) qui arrivent ici sans aucune notion de mandarin. Ils sont niqués. Juste niqués. Ils restent entre eux, traversent la ville en taxi, avec Uber, se perdent dès qu’ils s’aventurent plus de trois rues plus loin de leur dortoir. John et moi, nous marchons, nous marchons pour nous égarer et nous avons une pensée toute particulière pour notre ancien maître de la déambulation, je pense à André Carpentier (qui nous a enseigné la déambulation littéraire à l’UQAM il y a de ça plus d’une dizaine d’années déjà, putain). Ici, s’abandonner dans la ville, c’est plonger dans le néant et accepter que le néant nous recrache au plus lointain des rendez-vous dans une nouvelle dimension. Cette pratique de l’appropriation du territoire étranger est, à mon humble avis, la plus humaine qui soit, car elle nous permet de rencontrer au meilleurs des hasards le quotidien d’un peuple qui échappe, heureusement, à tous les guides touristiques.

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Les premiers jours, je m’enfonce dans les clichés, pars à la conquête de ce qui me semble être les principaux attraits touristiques, mais je m’ennuie assez vite de tout cet itinéraire sur mesure. Il y a beaucoup de monde en Chine, c’est pas une exagération, c’est  vraiment intense. On aime, on n’aime pas. Ce qu’il y a de bien, à mon avis, c’est qu’on peut se perdre dans la foule, n’être plus personne; l’on peut prendre le visage de l’anonymat, en Chine. C’est une sensation que je n’ai jamais réellement vécu en Corée, à titre d’exemple. En Corée, le peuple est tissé tellement serré qu’il est difficile de passer inaperçu. On vous met à l’écart, on se comporte avec vous comme si vous étiez un enfant de 4 ans handicapés. Nah. Ce n’est pas le cas en Chine. En Chine, surtout à Shanghaï, devrais-je préciser à la lumière de mon humble expérience, est une ville hyper cosmopolite. Au pire, on veut vous crosser, toujours. Les Chinois sont de REDOUTABLES commerçants. C’est hallucinants. Lorsqu’on vous dit un prix, proposez cinq fois moins cher si vous souhaitez vous en tirer à la moitié du prix avancé. Mais bon, outre le commerce, l’ambiance est bonne. D’abord, la Chine elle-même est enrichie d’une multitude de régions différentes. La Chine est pluriel, pour vrai.  À Shanghaï, on peut manger la saveur de toutes les régions de l’Empire du Milieu et on entend tous les accents de la République populaire.

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Parce que j’ai des bottines en cuir (que ma blonde m’a achetées chez Zara…), les cireurs de souliers m’arrachent. Ils veulent tous m’offrir leur service exceptionnel, ce qui ne manque pas de me convaincre que, le prochain coup, je déambulerai eIMG_2132n gougoune (question de ne pas donné de faux espoir). Et ces cireurs de souliers ambulants, si nombreux, font pitié à voir. Le contraste (encore) est fort, car, à chaque coin de rue, il n’est pas rare de croiser une Ferrari, une Lamborghini, une BMW… où de grassouillets hommes d’affaires brûlent un bon cigare entre deux bimbos.

Shanghaï compterait plus de 132 000 personnes possédant une fortune personnelle de 1,5 millions $ ou plus, c’est l’une des villes les plus riches de l’humanité. Or le système capitaliste qu’on veut leur imposer vient avec son lots de paradoxes crasses, car la Main Magique du Système ne semble pas trop comment s’y prendre pour redistribuer équitablement la richesse. Suffirait de chialer contre le Parti, parce qu’il n’y en a qu’un seul, mais c’est plus profond que ça, c’est dans la nature même de l’homme, c’est l’égoïsme transcendant des races, c’est l’appel de l’individualisme, c’est la fin de l’histoire.

Pudong, la perle de l’Asie

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Devant ce décor futuriste où l’on se demande avec raison s’il peut y avoir encore des poissons qui survivent dans ce fleuve dégueulasse, j’ai fait une formidable rencontre. Un vieux chinois, près de moi et John nous écoutait joualer. On parlait québécois ensemble sans se soucier de rien, comme deux oiseaux rares perdus dans la mauvaise forêt. En Asie, les Quèbs, nous sommes exotiques, tsé. Faut croire que notre parler a attiré l’attention de l’ancêtre posté à côté de nous. Il nous a d’abord dit « Bonjour », heureux de se faire interpeller en français à l’autre bout du monde, nous lui avons retourné la gentillesse aussitôt, ce après quoi il nous a dit : « Vive le Québec libre ! »IMG_2170

Euh. Quoi ? Je suis aux abords du Pudong, sur le Bond à Shanghaï en République populaire de Chine en l’an de grâce 2015 et l’on me sort cette phrase si intensément chargée d’histoire ? Je rêve, j’ai dû boire l’eau du robinet sans m’en rendre compte. Le vieux continue avec un accent à tout casser : « Che, Char-les De-Gaul-le… Montréal, vous Québécois ? » Oui, oui, mets-en, qu’on est Québécois, toi aussi, dans une certaine mesure, putain, tu nous reviens de loin, l’ami ! Comment dire, Shanghaï, une ville de plus de 14 millions d’habitants, dude, où sont les caméras cachées ? La poignée de main : de l’or.

C’est comme cette autre fois où avec ma fille je suis allé à Montréal bouffer dans un restaurant chinois de Montréal, nous avions chacun deux biscuits secs avec la bonne fortune que nous attendions de découvrir. Celui de ma fille, il n’y avait rien dedans, je veux dire : auIMG_2167cun message ! Dans le mien, ça disait : « Vous êtes politiquement indépendant ». Je vous jure, il y a quelque chose qui se passe chez les Zhong !

Le temps passe et passe, et nous on passe notre notre tour. Nous grimpons à une terrasse pour boire quelques bières. Aurélia, la Marseillaise lumineuse de Nanjing était venue nous voir par la bande, car elle devait assister à une conférence de Yasmin Khadr, auteur algérien de génie, paraît-il. Malheureusement, je ne le connaissais pas et jeIMG_2152 n’avais pas envie d’aller me foutre le cul sur une chaise pendant des heures, alors j’ai profité de ce moment pour traîner sur les rives du Pudong. J’ai écrit quelques poèmes, j’ai fumé des clopes en me disant que mon niveau d’internationalisme commençait à souffrir, je veux dire, je me sentais seul, je m’ennuyais de mes filles. Faut pas oublier que je suis passé par Beijing pour me taper un tas de conférences à Nanjing.

Je suis certain que je suis passé à côté d’un événement important. Cet auteur, Aurélia me dit, c’est un mec hyper engagé qui frappe avec ses mots comme avec ses poings et le rapport engagé de l’Algérie a sans doute des liens avec celui du Québec dans un contexte de décolonisation… On se dit à la prochaine, putain. Les moments pour écrire sont si rares, quand on les a, on saute dessus. SI je veux me décoloniser, je dois écrire, prendre la parole, dire le monde et cesser d’attendre que la poussière des météores me recouvre d’un manteau de légitimité.

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Et pendant que la nuit tombe, que se mettent en valeur les bâtiments du futur, je ne suis pas au bout de mes peines; on m’a dit qu’il y avait un quartier en pleine destruction où se trouvaient des résistants débonnaires. L’un des rares endroits de Chine où l’on trouve des graffitis originaux !

C’est là que j’irai, après avoir survécu à l’errance nocturne.

à suivre…


Nanjing encore (et pour longtemps)

Les longues journées polluées où nous cherchons un endroit de repos pour respirer des effluves naturelles, nous allons au lac, à la montagne. Nous déambulons dans les ruelles, loin des routes pleines de chars dégueulasses. IMG_1973IMG_1985IMG_1989

Je me promène entre les cimetières de l’histoire. Des fantômes de grandes femmes s’élèvent à chaque coin de rue. Je cherche seulement la paix. Les moments à soi sont si rares, ils sont si rares qu’une fois qu’on les a, on ne sait plus quoi en faire. Je pense à Mao, à Lénine, à Marx, je pense que je suis d’un peuple en deçà de la colère, un peuple tellement loin de tout besoin d’exister collectivement. Il n’y a jamais eu d’espoir. Qu’une longue et monotone soumission durable et morne. The British Empire. La Reine, le prince, son bébé, pis leurs bobos. J’ai envie de vomir. LIBÉRAL, VOMI, LIBÉRAL, VOMI… royal.

Encore aujourd’hui, qui peut oser dire avoir suffisamment de courage ? Le courage nous a été volé. Je nous souhaite un poing levé qui saura rire de ceux qui s’enrageront de l’audace.

J’aimerais parfois tout abandonner et vivre dans un pays aussi anonyme que la Chine. Je me dis qu’il y a des milliers de nouveaux Québécois qui survivent à Montréal avec la même idée en tête. Me, Myself and I. Comment leur en vouloir ? Quand ton pays d’origine ne te rend pas heureux, tu crisses ton camp. J’en suis là. Je me magasine des villes, des pays, et Nanjing en Chine, c’est dans mon top 3. Partout ailleurs c’est tellement mieux, parce que partout ailleurs c’est tellement pire.

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Et je vais comme je le peux à la rencontre de l’autre. La Chine, c’est l’humanité, tout comme tu es l’humanité, tout comme je le suis. Mais ici, l’histoire ne débute pas au Christ. L’histoire nous renvoie à des millénaires de fraternité. Je te souhaite de tenir compte de la Chine, avant que tu portes un quelconque jugement sur l’espèce humaine.

oY, la misère… c’est une chanson qu’on oublie. C’est un ami qu’on a laissé à lui-même. Nanjing est une ville qui pourrait se comparer en quelques points à Varsovie (Pologne). Ces deux grandes villes ont subi, ont résisté, souffert; elles ont survécu.

Quand les Japonais sont passés par ici, ils ont commis un génocide impensable. Personne n’en parle en Occident. À vrai dire, tout le monde s’en crisse. Le Japon est un allié économique. Le Japon est une victime nucléaire. Mais le Japon profondément raciste ne s’est jamais excusé pour les crimes de guerre qu’il a commis en Corée et en Chine (et ailleurs). Ici, au Musée du génocide, à Nanjing, je me demande à quoi sert l’histoire, surtout lorsqu’elle est insufflée par la haine et le sentiment de vengeance. L’histoire, c’est une succession d’injustices. Je n’ai rien contre les Japonais, j’aimerais qu’on passe à autre chose tout en respectant l’histoire…

Je me sens mal et j’ai besoin d’air. Jamais la Liberté ne devrait endurer pareille horreur explicite pour se faire valoir : corps morts, squelettes, femmes violées dénudées exposées détériorées…

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Ce qui n’est pas raconté au sujet des communistes chinois, c’est que ce sont eux, autant en Corée qu’au Viet-Nam qui se sont battus contre les impérialistes occidentaux, les dictatures fascistes nazies et japonaises. Ce sont eux qui ont instinctivement refusé l’aliénation et l’idéologie américaine.

Tirons toutes les conclusions que nous voulons sIMG_2046uite à l’état actuel de ces sociétés, mais nous ne pourrons jamais leur enlever cette authenticité courageuse qui a fait d’eux des exemples de disciplines et de fraternité. Tous les régimes, tant à l’Ouest qu’à l’Est ont eu tort. La haine rend aveugle. L’argent ne rend pas heureux, l’obsession du travail non plus… Il doit bien y avoir un juste milieu, un nulle part où il serait possible de baiser sans remords.

Je prends le prochain train pour Shanghai. Je vais rouler à 305 km/h. Dans le train, je vais essayer d’apprendre quelques expressions chinoises. Je vais essayer de me rendre légitime. Je vais leur prouver que je pense à eux, et avec respect. Je suis pas là comme un gros crisse d’épais égocentrique qui voudrait imposer sa culture. Ma culture à côté de celle de la Chine, c’est rien. Je suis là avec tout ce que j’ai d’humilité. Dans le train, je bois de la bière à 3,1% et je pratique le mandarin. Une chose est sûre, celui qui se respecte, respecte ceux qui l’accueillent.

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III – Retrouver Nanjing (premiers jours)

En 2012, lorsque j’ai quitté Nanjing, je m’étais promis d’y retourner. Je me suis fait la même promesse cette fois-ci. Cette ville, à chaque fois que j’y irai, aura toujours un tas de trucs à me faire découvrir. La cité du Sud ( Nan=sud, Jing=cité), capitale historique de l’Empire du Milieu, en a bavé ce dernier siècle. Révolutions, guerres civiles, invasion japonaise… Nanjing ne l’a pas eu facile. Je ne vous ferai pas un cours d’histoire sur cette ville, ce serait pour sûr trop rasant. Je vous laisse simplement vous imaginer une seconde la teneur historique d’un endroit qui en a vécu autant. Moi qui suis Nord-Américain, Canadien(sic), Québécois, francophone, me promener sans but précis dans les rues de Nanjing, c’est un peu comme marcher sur une autre planète. Et c’est excellent pour la santé mentale.

Cela dit, comme en 2012, Nanjing m’accueille les bras ouverts avec la plus honorable et la plus incroyable des bienvenues. L’Alliance française là-bas fait un boulot formidable pour promouvoir la francophonie. Les membres de l’AF nous ont accueillis avec professionnalisme, ont trouvé d’excellents sponsors et nous ont permis d’expérimenter un de ces échanges culturels les plus intenses qu’il m’ait été donné de vivre.

Dès la première soirée, après un banquet impérial, nous sommes allés IMG_1857dans un bar (le Home Town) dont le proprio est l’ami d’une directrice de théâtre connue pour avoir fait de la radio pis de la télé en Chine. Là-bas, quelques bières et hop ! je sors l’harmonica, vais rejoindre les mecs qui grattent leurs guitares et c’est la belle bourre pendant plus d’une heure à picoler sur des rythmes asianorock garage.

Petit jam à Nanjing (cliquez le lien)

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Les lendemains s’enfilent, j’écris comme je le peux, avec le peu d’espace et de temps dont je dispose. Le climat est d’abord bon, mais cela se gâte, et ça devient foutrement pollué; je passe quelques jours dans un brouillard gris à l’odeur de magnésium brûlé. Il y a des voitures partout. Je porte mon masque à chaque coin de rue. Je me rends compte que l’air de Montréal au mois de juillet est un oasis d’oxygène comparé à ce que je respire ici. Ça m’attriste, ça me frustre.

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Et puis les vents se lèvent. Le ciel n’est pas tout à fait bleu, mais ça va mieux. On se dit, si mon grand-père a fumé la pipe pendant quatre-vingts ans, je peux bien me prendre un peu de gaz de chmu dégueulasse sans mourir. On retrouve le sourire, accroché aux fleurs qui éclatent au bout des branches.

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Je suis logé à Nanjing comme un chef d’État. Je suis, c’est le moins qu’on puisse dire, dans la position de l’ambassadeur des lettres du Québec. Et je réalise qu’il faut absolument pas que je déçoive personne. Je prends le temps d’expliquer d’où je viens, d’où je suis, où je vais. Être là, c’est exister, c’est prouver que nous sommes réels, qu’il y a des humains à l’autre bout de la planète qui pensent à nous, qui veulent en savoir plus, nous donner le bénéfice du doute. La dynamique interculturelle est d’une richesse inestimable. Mais ce que Jo et moi apprécions le plus, au-delà de toutes ces rencontres littéraires, c’est de nous perdre dans les rues et d’aller à la rencontre fortuite d’inconnus.

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Ci-haut lors d’une autre taf au Home Town, le serveur nous fait une démonstration en privée de breakdancing… Aurélia, ma pote française se la donne à coeur joie. Nous rions, le temps file et les bières descendent. Si seulement je pouvais écrire. Je ris et je réfléchis à tout ce qui m’arrive. J’ai l’impression d’avoir échappé à la loi de la gravité terrestre.

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Quand il ne fait pas gris et que le temps me le permet, j’aime sortir au café du coin pour écrire un peu ce qui devrait être l’ébauche d’un recueil à venir… J’y bois des cafés plus ou moins chauds et devant moi passe un monde que je peine à pénétrer.

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II – Au travers du dragon (Chine 2015)

DSC_2593Prends mon temps. Suis pas du genre pressé. Au premières lueurs, mes inspirations lyriques et misérables, je dégueule… j’ai beau avoir senti l’urgence de péter ma coche, pourfendre l’amour et l’espoir, toujours rivé vers l’approximation d’une authenticité, je cherche encore pourquoi. Je n’ai aucune réponse. Je doute continuellement. Et voyager fait de mon inconfort une manière de frapper du poing la table de verre. Aujourd’hui, chaque seconde est une trouvaille, une victoire que j’arrache au quotidien crasse. Alors, mon frère, ma soeur, ne m’en veux pas si je peine à respecter la linéarité de mon existence.

Après deux nuits de rêves inassouvis à Beijing, John et moi avons pris le train pour Nanjing avec le forfait du devoir à accomplir. Nous étions traduits en mandarin, putain. Pas dans l’intégralité de notre oeuvre, ce qui aurait été le boutte du viarge, mais tout de même, près d’une dizaine de poèmes ont été traduits ici et là et publiés dans un livret que l’Alliance française de Nanjing s’est efforcée à mettre de l’avant pour promouvoir la francophonie. Qui osera dire que les Français ne pensent qu’à eux ? Qui osera dire que la France se fout de « sa » francophonie ? Les francophones de la terre entière sont mes frères, mes soeurs. Nous avons cette façon suave de nous commettre et d’étirer les soirées en espérant mourir radieux.IMG_1819

En chemin, l’apocalypse, l’humanité à son paroxysme pitoyable. Foyers de fumée, réacteurs nucléaires, cheminées carburant au charbon… une vue d’ensemble à 300 Km/h. J’apprends quelques caractères chinois en me réjouissant que mes connaissances de la langue coréenne, mine de rien, me permettent, à bien des égards, de mieux apprendre le mandarin.

Mais jamais je ne serai libéré de cette obsession de devenir l’Autre. Le temps manque. Si je pouvais m’y mettre, je me serais permis de faire le trajet à pied, question de vivre le pays et d’entendre la rumeur révolutionnaire de ses paysans. Ce qu’ils en disent ? Une fois les sales  impérialistes foutus dehors et qu’on leur bloque même toute connexion Internet… comment entretenir l’empathie, la compassion… comment ne pas être réactionnaire… comment prier le Dalai Lama IMG_1832sans risquer de passer pour un terroriste. Je marche la botte légère avec ces lourdes pensées qui, inévitablement, affectent mon crâne. J’en ai des maux de tête affreux. Faut-il glorifier la Chine, faut-il la dénoncer, comme le fait hypocritement nos gouvernements occidentaux…

Je ne sais pas. La Chine est. Elle est. Et nous essayons d’être. IMG_1841Ce que nous reprochons à l’Asie, pensez-y, ce sont des pourritures provenant de l’Occident. La Chine est trop polluée car le modèle de vie américain ne peut être appliqué à l’ensemble de la planète. Fuck. Il faut relire Kant.

Entre Beijing en Nanjing, j’ai vu la dystopie du monde moderne. J’ai vu la fin de l’humanité. J’ai cherché les oiseaux et je ne les ai pas trouvés. J’ai cherché la quiétude et il ne m’est resté qu’une vague impression de boucane dégueulasse. Est-ce que la Chine se résume à cela ? Non. La main pleine de corne du contrôleur, le regard inquiet de la vieille dame, le sourire de celui à qui je donne pour qu’il me porte bonheur…. La Chine, un grand pays qui se construit dans l’urgence, un peu comme s’il fallait récupérer quelques siècles en seulement quelques décennies. La terre en est meurtrie. C’est ça, au fond, la Chine une terre meurtrie par l’urgence d’être aussi dégueulasse que l’Occident. On aura beau tout leur reprocher, se croire jusqu’au bout mieux qu’eux. Or les Chinois sont fiers.

Ils sont forts de tous ces millénaires d’histoire. IMG_1844D’un paysage à un autre. Ce que je vois, c’est la construction de l’avenir. Des bâtiments qui domestiquent la colère. Des centre d’achats qui donnent l’impression d’être confortables. Ce que je sens, c’est le meurtre des voitures, le gaz des prolétaires qui s’endorment en crachant des caillots gris. Le prolétariat chinois, cette classe sociale sublime, cette classe qui a botté les fesses des Américains en Corée du nord. Les Chinois ont besoin de meilleurs outilIMG_1878s, ils ont besoin de grands combats. Ils ont besoin de mieux vivre. Ce ne sont pas les putains d’impérialistes qui leur montreront comment s’inscrire humainement dans l’existence, mais tout de même… je me questionne sur la portée symbolique du pseudo communisme chinois. La Chine est de gauche en cela que l’État intervient là partout, partout. L’interventionnisme  étatique est une doctrine que nous apprécions dans notre idyllique social-démocratie. Mais comment expliquer la censure ? Comment justifier la main-mise sur l’intellect social ? Quand ton pays ne te fait pas confiance… comment lui faire confiance ? Ce sont là des considérations toutes simples qui ont été au coeur d’un bon nombre de discussions que j’ai eues avec des Chinois tant de Beijing, de Nanjing que de Shanghaï. La majorité des anti-impérialistes trouveront en Chine des arguments officieux qui, ici (Amérique du Nord), au contraire, font office de marginalité. Comment dire, à chacun son dragon, pour autant que l’on sache où le frapper pour le réveiller.


I—Beijing : en périphérie de la file (CHINE 2015)

 

Ma première nuit à Beijing fut courte et ponctuée de cauchemars où je devais me battre avec de vieilles hôtesses affables d’American Airlines pour obtenir de quoi boire sans passer pour un ivrogne portant le gêne du barbu chelou. Il faisait froid dans la petite auberge Qian Men, à quelques pas de l’entrée de la fameuse place Tian’nan Men.

Je me suis réveillé vers 4 heures, incapable de retourner dans les bras de Morphée, trop excité de partir en reconnaissance et d’éviter les bouchons de touristes. J’ai laissé John dormir et suis sorti dans la proto aurore de Beijing la nordique. La photo ci-haut a été prise vers 5hrs du matin tout près de l’entrée de la Place.

J’ai aimé croiser ces Chinois sortis des ténèbres aux yeux fatigués qui affrontaient le froid pour aller tôt le matin travailler leur vie. À chacun son uniforme, sa gueule de bois.

  

Sans titre

Au bout du monde le monde

Tout près de tout

Tout est tout près 

Pour le monde du bout du monde

Tout près de nous

Les avions s’envolent à l’heure 

Au loin les jours meurent

Dans l’enfluve du kérosène 

Les aigles abandonnent les leurs

                            Chicago, mars 2015


Sortir  en périphérie de la file

Au sortir de l’aurore 

quand la rosée colore la poussière 

les pousseurs de touc-touc s’attellent 

leurs joues crevassées le regard inquiet

des ouvriers s’aventurent 

dans les artères qui s’animent

les pommes sont lavées

et le lychee mis aux lèvres 

les dumplings fument les aromates

le canard perd ses plumes

et une corneille perce le ciel

l’écolier vêtu de ses habits neufs 

s’élance vers le premier bus

Les marchands balaient le devant de leur boutique

puis les sentinelles rouges du Parti s’activent 

elles rigolent entre elles car la veille

le plus jeune a trop bu de baíjo

                         Beijing, mars 2015

 

Retour à l’auberge, longue et intéressante lecture des graffitis de voyageurs qui ornent les murs. Ci-bas, des vacheries canadiennes jusqu’au bout du monde :

  

Je vais ensuite vagabonder avec John vers la Place Tian-nan Men, mais cela ne tarde que nous nous faisons aspirer dans le tourbillon des touristes. Partout, c’est la queue et les points de sécurité interminables. Et puis le principe de la file indienne, en Chine, il n’est pas tout à fait au point encore, le concept de l’espace vital non plus. Avec toute cette sécurité, je me dis, il y a peut-être eu des attentats, en fait, oui, il y en a eu souvent, des Ouighours, des Tibétains viennent parfois à cet endroit pour exposer publiquement leur pétage de coche. Mais ce jour-ci, non, je l’apprendrai seulement à la fin de la journée, lorsque John et moi nous ferons aborder par une Chinoise curieuse de savoir ce que nous foutons en Chine. Ce jour-ci il y a un grand rassemblement politique organisé par le parti pour faire le bilan des dernières décisions prises sur divers sujets (personne est au courant ?). Bref, c’est la top sécu.

  

On se console avec la tronche sympathique de Mao.

   

 

(Remarquez la fille qui fait l’étoile, elle est vraiment heureuse d’être là…)

Je passe ensuite l’entrée du mausolée de Mao Zedong pour me rendre à la Cité Interdite. Autre point de sécurité, autre file, je me sens comme un mouton en quête de clichés et je n’aime pas trop, en fait, je déteste assez.

 

Or à l’intérieur des murs de la Cité Interdite, c’est relativement calme, le temps est bon et il y a beaucoup d’espace, ce qui me permet de m’abandonner à mon propre rythme contemplatif.

   

   

  

       

Des siècles et des siècles d’histoire, d’histoires aussi. Malgré le miasme touristique, je sens chacune de ces pierres receler des milliers de rumeurs.

Plus loin, je vais grimper la tour des Tambours et assister à un petit concert traditionnel, haut dans les airs.

   

         

Je suis encore sur le décalage horaire, à chaque manifestation de vie, c’est une première de 2015, mes premiers bourgeons, mes premières fleurs, premiers insectes, premières jupes…

Nous retournons vers l’auberge, claqués, cherchant des détours nous empêchant de passer par les points de sécurité. Mes yeux et mes poumons ne sont pas habitués à pareille grisâtrerie (Et je n’ai encore rien vu, à Nanjing, ce sera tout simplement apocalyptique), il faut de la Tsing Tao pour décrasser la machinerie interne. Le Soleil se couche avec nous, pas loin de la Place Tian’nan Men, en périphérie de la file.

   

 


MEAT CITY : POUR VOIR ÇA PAR MOI-MÊME

On ne sait pas vu depuis un brin, l’ami. Je suis pas pour autant disparu. Je travaille fort le viarge pour payer mon appart de bourge du Plateau qui coûte trop cher mais qui assure un confort relatif à mes amours. Ça me demande beaucoup d’énergie, de temps. Là, j’ai le goût, avant de partir au très lointain là-bas en Chine, de prendre un peu de temps pour te jaser ça. Je n’ai aucune autre excuse, je suis pas le plus présent des chums, mais je te demande de me lire le temps d’une clope ou deux pis d’une bonne bière qui mousse. Le prochain coup, on se prend dans nos bras.

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L’hiver a été long pis frette comme on les aime, comme on les aime quand on sait jouer un peu au hockey sans mourir dans le coin de la bande, quand on sait trouver le temps nécessaire d’aller glisser sur les pentes douces de Rosemont avec sa fille, quand on sait se munir de bonnes bottes brunes pour marcher à chaque jour minimum 6 kilomètres dans la gadoue pour se rendre au boulot brasser de la braise d’avenir. L’hiver a été l’hiver. Je m’en reviendrai betôt avec le printemps dans les dents pour te rire ça un bon coup.

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Pourquoi la Chine ?

C’est un de ces hasards dont on est témoin sans comprendre. Quand j’ai rencontré mon pote Josh aux États-Unis lors d’un festival de traduction poétique (Lewiston, Maine), ce dernier m’a invité à son université (Nanshida, Nanjing), en 2012. Tu te souviens, ça parlait révolution pis carrés rouges, ça espérait fort dans ce temps-là. Pendant que tu manifestais dans les rues de Montréal avec tes casseroles entre deux shooters, moi, j’errais dans les ruelles d’une autre civilisation en train de lire Mao. (Pas top, en passant, le livre Rouge) Ta révolution, qui n’est malheureusement pas advenue, je l’ai vue mourir de loin. Là-bas, j’ai rencontré un tas de poètes nankinois bourrés de talent qui ne demandaient qu’à être connus. Avec l’aide de Josh, je les ai traduits dans une revue. On m’a demandé par la suite de traduire des poètes québécois pour qu’ils soient traduits en mandarin. (Le Québec, en Chine, c’est tellement underground !) Je m’y suis attelé. Pendant trois ans, presque, je m’y suis attelé. Il s’est passé plein d’affaires depuis ce temps-là. Les réseaux sociaux n’ont pas empêché la victoire des libéraux au Québec, les réseaux sociaux n’ont pas empêché rien du crisse d’autre que de nous réconforter dans nos égos flamboyants. Ça explique un peu pourquoi tu me retrouves plus sur Facebook autrement que dans une Page professionnelle, impersonnelle, dépourvue de sueur, de sang ou de sperme.

Depuis plus de quatre ans, je travaille à l’écriture d’un roman. Un roman sur les itinérants de Montréal qui devrait, si les astres s’enlignent ben, sortir à l’automne. Je peux rien te promettre. J’aurais peut-être même pas dû t’en parler. Mais bon, faut que ça sorte. Tout pour dire, depuis un sacré bon bout de temps je pioche sur le même livre. Là, partant dans le lointain là-bas, je sens que l’occasion est parfaite pour enfin passer à autre chose, voire revenir à la poésie un peu. Je me suis toujours senti un peu imposteur quand venait le temps de parler de poésie, d’engagement pis toute. C’est sûrement de ma faute, parce que j’ai construit bien malgré moi cet ethos de poète engagé qui me colle au cul pis qui me fait chier. Qui me fait chier parce qu’il me semble que c’est trop réducteur. Colère, amour, courage, espoir, vigilance, compassion. Ce sont les seuls termes qui pourraient bien traduire mon engagement. Je n’ai pas la fibre de l’intellectuel parvenant à établir les bases d’une école de pensée. Je veux pas qu’on me colle à une bande. Je suis un carcajou solitaire, un rorqual qui voyage, une ivraie qui va. Et je suis un élève médiocre. Je ne me suis jamais élevé au-dessus de la masse. Je n’ai rien de particulier. Ce qui me distingue, par contre, c’est probablement mon obstination, ma volonté, je dirais, surtout, ma détermination agressive à casser du superficiel. Mais bon, je m’éloigne, je m’éloigne avant même d’être parti. Je suis déjà ailleurs. J’ai pus envie pantoute d’être icitte.

Quitter le Québec en disant que le pays est trop con aurait peut-être fait des vagues il y a quelques années. Mais aujourd’hui, s’exiler au loin le plus longtemps et le plus souvent possible fait partie d’une culture ordinaire. Quand tu as le goût de vomir, mon chum, qu’est-ce que tu fais ? Comme moi, tu vas le faire un peu plus loin, question que ça tombe pas sur ceux que tu aimes.

L’humanité du futur

Je pars pas en République populaire de Chine comme un gros touriste sale, je pars pas en Chine comme un conquérant prof d’anglais, je pars pas en Chine comme quelqu’un qui s’en crisse de la Chine pis qui veut juste ramener des photos. Tu connais bien ma sensibilité exacerbée pour l’Asie. J’ai voyagé déjà de nombreuses fois en Extrême-Orient, toujours comme un ti-cul déparaillé prêt à s’en prendre plein la gueule. Apprendre sur le terrain. Est-ce que je parle mandarin. Non. Est-ce que je vais l’apprendre du mieux que je le peux. Oui. Je me donne une vie pour y parvenir. Tout comme pour le coréen, tout comme pour l’anglais, l’espagnol, etc. C’est dans ce beat-là que je pars. Je veux apprendre. Je veux écrire. Je veux me retrouver, parce qu’icitte il n’y a plus grand chose de bon qui m’inspire. Je me sens étouffé entre les discours de droite comme de gauche, je me sens amoindri dans la reconnaissance de mes valeurs existentialistes, j’ai l’impression d’être un étranger chez nous. Je sais pus d’où j’suis. Je capote ben raide. J’sais ben. Tu vois, du coup, à quel point ce voyage va me faire du bien.

J’ai beaucoup de respect pour les Chinois, ou devrais-je dire, pour l’ensemble des nations qui composent la fédération chinoise. Là-bas, je vais m’y perdre, m’y confondre, m’y fondre. Je vais cesser d’être qui je ne suis pas pour n’être plus personne, et cela va être assurément et foutrement inspirant. Oui.

Je ne pense pas que la solution se trouve nécessairement dans l’exil, mais quand même. Force est d’y penser, surtout en ces années 2015… La plupart de mon entourage pense à crisser le camp du Québec parce qu’il n’y a aucun projet qui vaille, aucune illusion, aucun rêve, aucun projet. Bientôt, le Québec ne sera qu’une terre aride jonchée de vieillards fédérastes malheureux.

L’ouverture sur le monde ne se résume pas à aller bouffer comme un porc dans un resto exotique de la rue Prince-Arthur, s’ouvrir au monde c’est aller vers le monde, c’est faire les premiers pas, c’est risquer le tout pour le tout. Payer de sa poche. Saigner s’il le faut. Parce que l’humanité, ça n’a pas de prix (scusez le slogan poche). Mais bon, c’est ce que je pense, et avec sincérité, dans le plus tréfonds de mon coeur.

On se tient au courant, mon chum, pour l’instant, j’ai encore à faire icitte un peu avant d’aller prendre l’avion dimanche. Je te reviens avec des nouvelles, des poèmes, des clichés pis, si Bouddha le veut, de l’espoir pour la suite du monde.

xxx

DANNY PLOURDE

XXX

John Lennon, Meat City

Well, well, I been to Meat City to see for myself
Well, I been to Meat City to see for myself
Been to Meat City, been to Meat
Just got to give me some rock ‘n’ roll

People were dancing like there’s no tomorrow
Meat City
Finger lickin’ chicken pickin’, Meat City shook down U.S.A.
Pig Meat City

Well, I been the mountain to see for myself
Well, I been the mountain to see for myself
Been the mountain, been the
Just got to give me some rock ‘n’ roll

Snake doctors shakin’ like there’s no tomorrow
Freak City
Chicken suckin’, mother truckin’, Meat City shook down U.S.A.
Pig Meat City

Well, I’m going to China to see for myself
Well, I’m going to China to see for myself
Going to China, going to
Just got to give me some rock ‘n’ roll

People were jumping like there’s no tomorrow
Meat City
Finger lickin’ chicken pickin’, Meat City shook down U.S.A.
Pig Meat City

Well, I’m going to China
Yes I’m going to China
Well, I’m going to China
Yes I’m going to China

I’m going to China
Yes I’m going to China
Alright