Le Québécois post-référendaire est une femme violée qui se sent coupable d’avoir crié au viol. (Et le Canada est une insulte à la démocratie)

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Plage Sandy Beach, Gaspé, Québec, Danny Plourde

1995. Je t’écris à toi, à vous, à tous ceux qui m’ont aidé à passer au travers quand c’était pas facile. Je suis persuadé que les meilleurs ponts sont ceux qui enjambent les ruisseaux tranquilles. Et la rivière ne garde aucune trace du canot qui la traverse… (8 millards de litres d’eaux usées…)

Au revenir d’Asie, je me suis jeté vers la Gaspésie. On dirait qu’il n’y a que là que je me sens fier d’être Québécois. Je veux dire… loin de Montréal… Être Québécois. Québécois…

Un Québécois qui ne se sent pas mal, coupable, pas rien d’autre que lui, sans plus, sans moins. Nu. Un Québécois qui n’a pas à subir l’opprobre de la citation décontextualisée de Parizeau. Genre, for ever and ever and ever and ever and ever…

Les fédéralistes ont impunément engagé des mercenaires crasses, des pirates du me myself and I dans leur camp. Le projet de l’indépendance du Québec, songé depuis les débuts de la colonisation, devrait perdre, du coup, par faute d’intelligence et de littératie politique, toute sa légitimité à cause d’une surenchère médiatique axée sur une putain de phrase creuse qui avait à demi raison ? He. Come on !

Le Canada est une insulte intellectuelle

Le Québécois souverainiste est un nazi. C’est connu. Hein?  (gros crisse de sarcasme grave) Il importe de le déshumaniser, de lui ôter toute forme d’humanité afin qu’il ne puisse pas être entendu. Suffit d’associer son discours à celui des « reliques du mal, du passé », même si aucun parallèle n’est possible, pour planter la graine de l’opprobre, suffira de la déchirure, de la chicane, de la division, de la séparation. Appel à la nouveauté, appel aux sentiments, amalgames et généralisations hâtives, voilà les moyens d’aborder la question. Mon gars, comment te cacher mon besoin de crisser mon camp loin d’icitte. Je me sens pas trop glorieux de ça, je sais que mes ancêtres, depuis des siècles, ont le même réflexe que moi. Au lieu de se battre, on câlice not’ camp. C’est triste.

J’m’excuse, mais j’ai le goût d’être ailleurs. Là où il y a du courage, de l’honneur pis de la gloire. J’en ai mon casse de la honte, du repli pis de la misère.

On veut du changement avec le plus vieux parti. L’individualisme est triomphant. Suffira de prendre le monde pour des bêtes qui conçoivent leur appareil réflexif en fonction des sondages. Mais tsé, ceuzes qui croient aux sondages, qui en font leur outil de travail, qui se construisent même une identité là-dessus, c’est vraiment, je suis désolé… là, mais c’est vraiment l’indicateur que notre société est malade grave.

There you are

Un point godwin pour chaque Canadien. Nationalisme = nazisme. Peu importe la discussion, l’orientation, le niveau d’intellectualisation : un point godwin automatique : les amalgames, la déchirure, la division, la séparation, le malheur, la brisure, l’apocalypse. Qu’est-ce que les fédéralistes ont gagné ce jour-là, le 30 octobre 1995 ?

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Fleuve Saint-Laurent et Montréal depuis les airs, Danny Plourde

Rien. Ils ont obtenu une victoire honteuse, une victoire acquise grâce à la tricherie. grâce à la peur, à l’individualisme, au chauvinisme britannique, au colonialisme saxon, à l’aliénation mercantile. Le Canada est une insulte.

Le Canada est une insulte.

Le Canada est une insulte que l’on avale comme un médicament qui n’a aucun effet.

Le Québécois post-référendaire est une femme violée qui se sent coupable d’avoir crié au viol. Et la communauté internationale n’a rien vu, rien entendu, rien dit, car tous les pays de l’ONU craignent l’indépendance de leurs propres indigènes…

Si je te dis que je ne suis pas heureux dans le Canada, est-ce que tu sauras me faire la leçon en me disant que partout ailleurs c’est tellement pire ?

Si je te dis que le Canada pour moi c’est un putain de pays hypocrite, est-ce que tu me gronderas en me disant que ne je sais pas apprécier le triomphe de l’individualisme ?

Suis-je si privéligié qu’il m’est impossible d’espérer mieux ?

Eh ben, au nom de mon humanité, si tu crois que le Québec ne mérite pas d’être un pays, je vais, en toute amitié, te considérer comme un ennemi.

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Le cri des cigales — pour un usage international du phrasé (15)

Il était une fois un peuple d’artistes manqués régnant du mieux qu’il le pouvait sur la vallée du Saint-Laurent. Pacifique, ce pe-peuple sans pays détestait les confrontations parce qu’il paraît que toutes les confrontations ont mené ses ancêtres à la défaite. Traumatisme, crise d’affolement, peur, peur, pe-peur, ADN du Québécois ? Français, franglais, anglais, peu importe le dialecte vernaculaire que balbutie le dernier des demeurés manqués, de toute façon, pourvu qu’il puisse exister, aimer, être en colère, pardonner, se venger.

Car il est là le drame ordinaire de la comédie canadienne française, c’est l’ignorance de nous-mêmes. L’ignorance de la justice historique, l’ignorance de l’histoire, fuck la langue ! C’est un prof de français qui vous le dit ! Qu’on parle huit langues en même temps avec le langage des signes en plus pour clarifier les nuances typologiques, on n’y arrivera pas. On est seuls. Je mets un « s », parce que nous sommes nombreux à être seul. Vos débats sur la pureté de la langue sont tellement vains. Parlez ! Sacre bleu ! Parlez et écoutez-vous ramper dans des débats insignifiants. Entendez-vous ! Le franglais, c’est comme le fluo sur un manteau d’hiver, ça flashe, mais ça fait son temps, comme les épaulettes des femmes fatales dans les années 80, comme les coupes Mohawk des ti-culs de12 ans pis leurs ducks huit trous.

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Déjà eu un poncho noir et gris avec des t-shirts de Mega Death… Fuck me tight avec ton rap de franglais de shit. Wanna be depuis 30 ans, le rap. Ça suffit, achète-toi une guitare, joues-en… Mais c’est un autre débat…

Maîtrisez une langue, génial ! En maîtrisez deux, sublime ! En vomir trois ou quatre, là tu parles. Il est là le Keb de demain, c’est celui qui parvient à nourrir la conversation politique avec le monde, pas seulement l’Amérique. Le monde ne se résume pas à l’Amérique, putain ! Il faut arrêter de reprocher la faiblesse des autres pis faut se concentrer sur nos forces. On s’en fout si les Canadiens sont incapables d’interagir avec la planète Terre autrement qu’en imposant leur anglais de base, le globish. Vive le globish ! Tu veux parler globish comme tu veux savoir lire une carte. Tu veux parler globish comme tu veux savoir quoi manger, où dormir… C’est encore mieux si tu peux parler vraiment au monde, décrypter ses émotions, comprendre ses peines et ses misères, partager ses espoirs et son besoin de justice internationale. Ce n’est pas notre problème si les anglophones sont pognés avec leur anglais suprématiste, c’est le leur. Parlons, parlons, parlons. Parlons-nous dans toutes les langues. En chinois, en coréen, en japonais, peu importe parlons-nous. En espagnol, en portugais, en arabe, en allemand ! Apprenons les langues ! Arrêtons d’accorder de l’importance aux créoles nationalisants…

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Soyons pour sûr fiers de parler français, car nous le parlons. Le Québec parle français. Le franglais, ce n’est pas français, ce n’est pas l’avenir du français, ça n’apporte rien de neuf, ça ne fait que suivre la vague facile… c’est la simple mode d’une classe de prolétaires exposés et baignés dans la culture états-unienne. Vive les States ! Nous serions ingrats de leur reprocher leur créativité, mais nous le serions davantage de ne pas leur répondre dans un français claire qui sait se battre, exiger justice, compassion, qui sait exprimer la douleur, la souffrance quotidienne et le spectre de la résignation.

Le français sans influence anglo-saxonne sait prendre sa place, c’est aux francophones du monde qui aiment cette langue de le faire. Rien ne sert d’accuser les autres. Le francophone qui ne parle pas français est le seul à blâmer. À lui-seul revient la tâche de se justifier. Fuck les mottés, fuck les pseudo poètes qui se pensent cool parce qu’ils font des mot-valises en se croyant les justiciers de la race canadienne française; rien ne sert de s’en prendre à de tels cuisiniers du verbe, aux malaxeurs de la sacro-sainte mixité linguistique, il n’en vient qu’à vous valeureux vigilants d’écrire mieux, d’enseigner davantage, de produire plus, de consommer encore et toujours mieux, de valoriser la langue de vos mères usées que nous nous voulons comme médium national. Mais laissez-moi vous dire ceci : Tous les emprunts sont possibles pour dire la haine, pour éprouver l’amour, pour exiger la justice et pour espérer l’avenir. Pis fuck le rap, le rap n’a pas rapport dans ma compréhension du monde langagier. Le rap rime comme au temps de la Pléiade, le rap a besoin de disparaître. (On en reparlera si tu veux..)

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Et si la France était un peu moins nombriliste, ça aiderait assurément. Mais c’est comme ça, apparemment, les Français ne pensent qu’à eux, à tout ce qui leur reste… Il est là le problème ultime entre le bien et le mauvais parler. Mais tout ça changera bientôt, la francophonie, c’est l’Afrique, c’est l’Amérique, c’est si peu l’Europe… Apprécions nos différences ! Faisons-en notre force ! Notre richesse ! Soyons-en fiers ! Tous les créoles, peu importe d’où ils proviennent, sauront assurer une certaine survivance. Et pour ceux pour qui la survivance ne suffit pas, ne leur reste qu’à nous éblouir de leur verbe savamment maçonné. Je vous écouterai…

Pensez-vous que je comprends un traite mot de ce que baragouine un Australien ? Ou même un Irlandais ? Un Londonien ? Je suis Américain colonisé par South Park, The Walking Dead et tout le reste. C’est tout. Je l’accepte et j’en suis, pour vrai, assez fier. Mais je parle français. Je suis un french canadian qui souhaite avoir son pays, son french country. Visiblement, c’est pas possible pour les années à venir. On pourra tout m’enlever, mais on m’enlèvera jamais ce que je suis pis ce que j’aspire à être, c’est-à-dire… Une langue qui danse avec les autres…

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Je m’abandonne à la débauche
Au grès des humanités
Des heures de reproche
Qu’il me faut déconstruire

Le divan n’est pas si pire
Si je le compare au royaume
Des viaducs et des ruelles
Je tiens à peine debout
Mais de tout mon long