Couleuvre

une chanson brouillon, sans band.

c’est ça.

merci. (cliquez sur la fille)

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Exhibition de Beijing 

voudrais que tu m’abandonnes

loin dans le bois

En tête-à-tête avec le vent

Pis la rumeur du temps mauvais

t’épargner mes humeurs

en averse sur nos précieux

lendemains

 

Je m’agenouillerais

devant ce qui mène au monde

au premier cours d’eau

y boirais en amont

à suffisance

 

les plus belles fleurs

sont celles qu’on savoure

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les nuits seraient longues et froides

sans ton corps pour me voyager

j’aurais des frissons astraux

le coeur crevé de glaçons

 

un feu de rêves pour tout confort

plus personne avec qui pleurer

la disparition des cieux bleus

creux mon ventre grave

j’aurai faim ton âme

 

Beijing (Pékin), 2015

 


II – Au travers du dragon (Chine 2015)

DSC_2593Prends mon temps. Suis pas du genre pressé. Au premières lueurs, mes inspirations lyriques et misérables, je dégueule… j’ai beau avoir senti l’urgence de péter ma coche, pourfendre l’amour et l’espoir, toujours rivé vers l’approximation d’une authenticité, je cherche encore pourquoi. Je n’ai aucune réponse. Je doute continuellement. Et voyager fait de mon inconfort une manière de frapper du poing la table de verre. Aujourd’hui, chaque seconde est une trouvaille, une victoire que j’arrache au quotidien crasse. Alors, mon frère, ma soeur, ne m’en veux pas si je peine à respecter la linéarité de mon existence.

Après deux nuits de rêves inassouvis à Beijing, John et moi avons pris le train pour Nanjing avec le forfait du devoir à accomplir. Nous étions traduits en mandarin, putain. Pas dans l’intégralité de notre oeuvre, ce qui aurait été le boutte du viarge, mais tout de même, près d’une dizaine de poèmes ont été traduits ici et là et publiés dans un livret que l’Alliance française de Nanjing s’est efforcée à mettre de l’avant pour promouvoir la francophonie. Qui osera dire que les Français ne pensent qu’à eux ? Qui osera dire que la France se fout de « sa » francophonie ? Les francophones de la terre entière sont mes frères, mes soeurs. Nous avons cette façon suave de nous commettre et d’étirer les soirées en espérant mourir radieux.IMG_1819

En chemin, l’apocalypse, l’humanité à son paroxysme pitoyable. Foyers de fumée, réacteurs nucléaires, cheminées carburant au charbon… une vue d’ensemble à 300 Km/h. J’apprends quelques caractères chinois en me réjouissant que mes connaissances de la langue coréenne, mine de rien, me permettent, à bien des égards, de mieux apprendre le mandarin.

Mais jamais je ne serai libéré de cette obsession de devenir l’Autre. Le temps manque. Si je pouvais m’y mettre, je me serais permis de faire le trajet à pied, question de vivre le pays et d’entendre la rumeur révolutionnaire de ses paysans. Ce qu’ils en disent ? Une fois les sales  impérialistes foutus dehors et qu’on leur bloque même toute connexion Internet… comment entretenir l’empathie, la compassion… comment ne pas être réactionnaire… comment prier le Dalai Lama IMG_1832sans risquer de passer pour un terroriste. Je marche la botte légère avec ces lourdes pensées qui, inévitablement, affectent mon crâne. J’en ai des maux de tête affreux. Faut-il glorifier la Chine, faut-il la dénoncer, comme le fait hypocritement nos gouvernements occidentaux…

Je ne sais pas. La Chine est. Elle est. Et nous essayons d’être. IMG_1841Ce que nous reprochons à l’Asie, pensez-y, ce sont des pourritures provenant de l’Occident. La Chine est trop polluée car le modèle de vie américain ne peut être appliqué à l’ensemble de la planète. Fuck. Il faut relire Kant.

Entre Beijing en Nanjing, j’ai vu la dystopie du monde moderne. J’ai vu la fin de l’humanité. J’ai cherché les oiseaux et je ne les ai pas trouvés. J’ai cherché la quiétude et il ne m’est resté qu’une vague impression de boucane dégueulasse. Est-ce que la Chine se résume à cela ? Non. La main pleine de corne du contrôleur, le regard inquiet de la vieille dame, le sourire de celui à qui je donne pour qu’il me porte bonheur…. La Chine, un grand pays qui se construit dans l’urgence, un peu comme s’il fallait récupérer quelques siècles en seulement quelques décennies. La terre en est meurtrie. C’est ça, au fond, la Chine une terre meurtrie par l’urgence d’être aussi dégueulasse que l’Occident. On aura beau tout leur reprocher, se croire jusqu’au bout mieux qu’eux. Or les Chinois sont fiers.

Ils sont forts de tous ces millénaires d’histoire. IMG_1844D’un paysage à un autre. Ce que je vois, c’est la construction de l’avenir. Des bâtiments qui domestiquent la colère. Des centre d’achats qui donnent l’impression d’être confortables. Ce que je sens, c’est le meurtre des voitures, le gaz des prolétaires qui s’endorment en crachant des caillots gris. Le prolétariat chinois, cette classe sociale sublime, cette classe qui a botté les fesses des Américains en Corée du nord. Les Chinois ont besoin de meilleurs outilIMG_1878s, ils ont besoin de grands combats. Ils ont besoin de mieux vivre. Ce ne sont pas les putains d’impérialistes qui leur montreront comment s’inscrire humainement dans l’existence, mais tout de même… je me questionne sur la portée symbolique du pseudo communisme chinois. La Chine est de gauche en cela que l’État intervient là partout, partout. L’interventionnisme  étatique est une doctrine que nous apprécions dans notre idyllique social-démocratie. Mais comment expliquer la censure ? Comment justifier la main-mise sur l’intellect social ? Quand ton pays ne te fait pas confiance… comment lui faire confiance ? Ce sont là des considérations toutes simples qui ont été au coeur d’un bon nombre de discussions que j’ai eues avec des Chinois tant de Beijing, de Nanjing que de Shanghaï. La majorité des anti-impérialistes trouveront en Chine des arguments officieux qui, ici (Amérique du Nord), au contraire, font office de marginalité. Comment dire, à chacun son dragon, pour autant que l’on sache où le frapper pour le réveiller.