maître Sanshin – IV –

Pourquoi grimper une montagne, si l’on sait qu’il faudra nécessairement la redescendre ? Grimper n’est pas un fardeau, vivre n’est pas un fardeau. La fatalité de Sysiphe n’est pas une occasion de colère, c’est une opportunité de prendre plaisir à l’effort fourni lors des épreuves.

Redescendre n’est pas plus facile, tous les randonneurs vous le diront; c’est même plus dangereux. Il suffit de baisser la garde, d’oublier la traitrise des racines humides si glissantes, de mal prévoir la prochaine pierre… Débouler, n’est pas une manière de vivre.

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Vue vers le sud-ouest de Bundang depuis une tour de contrôle, juin 2019, Danny Plourde

J’ai découvert véritablement le plaisir de grimper les montagnes assez tôt, à Saint-Jean-sur-Richelieu, quelques amis précieux et moi aimions terminer nos débâcles au sommet du mont Saint-Grégroire, ce mamelon dur de ma Montérégie natale. J’ai aussi grimpé un peu dans le Vermont avec un ami lors d’une quasi fugue quand j’avais 18 ans. Mais ce n’est vraiment qu’à mon premier voyage en Corée, en 2006, que j’ai commencé à respecter la randonnée, que j’avais auparavant toujours considérée comme un peu trop pépère pour moi. Mais les pépères torchent. Il faut être en forme pour grimper plusieurs centaines de mètres. À mes débuts, ma conjointe m’accompagnait, maladroitement, avec ses escarpins, nous rebroussions chemin au milieu de la hanche pour revenir nous étreindre, satisfaits de nos efforts.

 

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arbre fort et fier, dans le coin de Taean, Corée du Sud, juillet 2019, Danny Plourde

C’est véritablement le beau-père qui m’a donné le goût de partir grimper, toujours, tout le temps, à jamais. Quand je lui ai dit, il y a plus d’une dizaine d’années, que j’avais grimpé le Namhansansung pis le Bukhansan, ça l’a impressionné. Rares sont les étrangers en Corée qui partent à l’aventure des régions coréennes éloignées, c’est curieux, désolant. Mais c’est identique au Québec. Trop peu d’anglophones et d’allophones établis à Montréal connaissent les régions… La Corée, c’est 70% du territoire composé de montagnes.

Au fil du temps, le beau-père et moi sommes devenons amis et il m’a parlé de Sanshin, le dieu des montagnes. Sanshin, à ne pas confondre avec l’instrument de musique japonais. Sanshin, une relique de l’épopée animiste coréenne, une divinité d’avant Bouddha, d’avant les missionnaires français décapités, d’avant les preachers états-uniens. Sanshin, un don du passé permettant d’apprécier l’ensemble des comportements fraternels expérimentés en montagne. Il faut comprendre, les montagnes ont littéralement sauvé les Coréens, tant au Sud qu’au Nord. D’ailleurs, le mythe fondateur de ce peuple prend pour point d’origine le sommet du Peaktusan, aujourd’hui situé à la frontière entre la République populaire de Chine et la République populaire démocratique de Corée.

Voir le mythe de tangun.

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vue typique de la campagne coréenne qui agence rizières et montagnes, 2019, Danny Plourde

Les montagnes ont permis aux Coréens de se cacher contre les envahisseurs, tout comme les bois l’ont fait pour les Québécois. Ce qui me fait croire que nous aussi, au Québec, nous devrions accorder une valeur particulière à cette biozone grâce à laquelle, peut-être encore plus que l’Église, nous avons pu survivre conciliant au fil des siècles. Par contre, en Corée, les montagnes appartiennent aux Coréens, contrairement à nous, qui avons vu nos forêts et nos bois exploités par des étrangers.

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un ruisseau sauvage sur une hanche du Kalihwangsan, près de Pyeongchang, juillet 2019, Danny Plourde

Avec le beau-père, j’ai déjà grimpé plusieurs montagnes dont je ne me souviens même plus, my bad, des noms. Parmi les plus illustres, je pense au Solaksan (2008) où une fois au sommet (1708m), j’ai demandé la main de mon actuelle fiancée. Le gars était coincé avec moi lors de la descente et ne voulait pas laisser sa fille partir avec un étranger. Ceux qui me connaissent savent que cette période de ma vie a été plutôt difficile, mais ça s’est arrangé depuis et le dude est devenu mon ami.

Cet été, avec son club de montagne (en Corée les clubs de montagnes sont très populaires autant chez les femmes que chez les hommes, surtout chez les personnes âgées de plus de 30 ans) nous sommes allés gravir le Kalihwangsan (1561m). Une ascension en pente très intense. Le beau-père (60 ans) a eu de la misère, mais quelle forme tout de même ! Cela dit, même si mes clichés présentent des paysages sereins et tranquilles, je dois avouer qu’en Corée, avec cette surpopulation incroyable, même les montagnes sont souvent surpeuplées. Notre club comptait plus d’une quarantaine de grimpeuses et grimpeurs, j’étais le plus jeune et le seul étranger, of course.

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Je grimpe en pensant à mon prochain poème, à mon recueil de poésie sur lequel je travaille en ce moment, en pensant aussi à mon recueil de vieilles nouvelles que j’ai envoyé à mon éditrice il y a plus de 7 mois sans avoir reçu de retour. Je grimpe en appréciant la difficulté de l’épreuve, au sommet à atteindre, à ma libération.

Voilà, je grimpe la montagne comme je marche vers ma libération.

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En chemin, de vieux cèdres centenaires, de vieux squelettes millénaires m’observent, me disent de ne pas lâcher, que dans ce monde de poussière, même les arbres se meuvent.

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À force d’efforts, le sommet arrive; je sais qu’il me fait redescendre, mais je n’ai plus envie des sourires, j’aurais le goût de m’accrocher aux branches.

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Je n’échappe pas au besoin de me faire prendre en photo, question d’imprégner ma face dans le décor.

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Danny Plourde, au sommet du Kalihwangsan, Corée du Sud, 2019.

Mes réactions du moment, voir vidéo sur les réseaux sociaux….

Même si la météo n’était pas de notre côté, que nous ne pouvions pas observer au loin l’horizon infini, ce qui en journée en été est plutôt rare, à cause du climat très humide, en Corée, j’ai vécu un moment extraordinaire. Mon beau-père était déçu, il aurait voulu mieux me montrer l’horizon de cette région de la Corée; mais je lui ai dit en coréen, oui monsieur, en coréen : « Même si l’on ne voit pas la montagne, la montagne est toujours là. Du coup, je suis heureux de vivre ça avec vous; merci beau-père ! »

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Avec le beau-père au sommet, juillet 2019, Danny Plourde

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you got it ! Abonim !

puisqu’il faut redescendre

En descendant, nous pensons « manger », « boire ». Certains du club de montagne vont hyper vite, prennent des risques, tout ce qu’ils veulent, c’est à se demander, c’est de boire du makgeolli pis de s’empiffrer au resto au plus vite. Pali-pali ! Une soirée sans famille, sans femme, sans mari, mais surtout, sans enfant !!

Nous, nous y allons relax, nous suivons un groupe de dames (très jolies) de 45-50 ans qui nous offrent des morceaux de concombres et des cubes de melon d’eau. En échange, je leur offre du beef jerky pis de l’eau froide (je suis le seul qui a osé trimballer deux litres d’eau glacé dans son sac, parce que, tsé, c’est crissement lourd). L’une des dames (elle a bien 52 ans, mais elle a l’air d’en avoir moins de 40) a eu une blessure au genou, et la descente était très raide pour elle. Le beau-père, moi et le chef de queue (the chef commander, qui faisait jouer du Céline Dion loud speaker, arg non….) avons pris soin d’elle.

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vue sur un vallée en descendant du Kalihwangsan, juillet 20019, Danny Plourde

Il a mouillé la veille, la descente est rude, nous tombons, je tombe, mais j’ai de bonnes bottes neuves Salomon achetées tout juste avant mon départ en Corée. En fait, elles sont trop neuves, et mes pieds en arrachent parce que je suis en train de les casser pour la véritable première fois.

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Ne pas avoir été avec mon beau-père ou avec un moutain club quasi totalitaire; avoir eu ma tente portative et un p’tit brûleur, j’aurais aimé aller me perdre dans la forêt, me construire un abri, y rester quelques jours. Mais en Corée, le camping n’a rien à voir avec le camping au Québec; ici, il est impossible de sortir du sentier; mais quand même, en descendant, je ramasse les petits déchets des napun salam (les gens méchants) en vue de tout jeter une fois en bas.

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En route vers le bus qui va nous conduire au resto, nous regrettons ne pas avoir eu assez de temps pour nous tremper les pieds dans les ruisseaux.

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Au resto, j’ai vécu une orgie culinaire, bu comme un trou de la bière mélangée avec du soju, etc. C’était exquis. En bouffant, le beau-père, entouré de ses amis, a dit qu’au début il n’avait pas voulu que je marie sa fille, mais que, maintenant, j’étais devenu son ami et qu’il était heureux de m’avoir dans sa vie, enfin, j’ai cru décrypter tout ça avec mon coréen de base. J’ai été touché, vraiment, même s’il m’était si difficile de m’assoir en indien comme les autres à la table.

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Il était temps de revenir auprès des miennes, car le lendemain, malgré mes douleurs, je devais prendre l’avion pour aller passer une semaine à Jeju, un île coréenne volcanique située entre la Chine et le Japon.

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au retour du Kalighwangsan, Corée du Sud, juillet 2019, Danny Plourde

DPLRD

 

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un Quèb en Corée (goûter le monde) – III –

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Devanture d’une Mekchu-Jip, « Good people drink good beer », « Les bonnes gens boivent de la bonne bière », quartier d’Ik-sandong, Séoul, juillet 2019, Danny Plourde.

L’Amérique du Nord et une bonne partie de l’Europe, en cet été 2019, subiraient les contrecoups de canicules successives. La péninsule coréenne n’y échappe pas. Il n’y a pas que les relations avec le frère du Nord qui se réchauffent ! L’été est torride, humide. À Jeju, je me suis pris un sacré coup de soleil à la plage (j’y reviendrai).

Contre la chaleur, le remède : une bonne bière. Mais vous me direz que c’est le même remède contre le froid… (certains en tous cas).

En Corée du Sud, les compagnies de bières se partagent un monopole depuis des décennies; je pense, autre autres, à Hite et à Cass, des lagers de type industriel. Un prof d’anglais canadien dont j’ai oublié le nom, il y a déjà quelques années de ça, exaspéré de boire toujours la même bière, me disait avec dégoût : « Hite is shit, Cass is ass ». Ouais, bon, dude, Coor’s is worst, Labatt suce des battes pis Molson vend du jus de prune… (la dernière mérite d’être retravaillé, I know).

Toujours est-il que les Coréens n’ont pas de tradition de microbrasseurs bien implantée. Mais il y en a quelques-unes qui font désormais leur apparition sur les tablettes des supermarchés, de type IPA, plus goûteuse; beaucoup d’entre elles proviennent de l’île de Jeju.

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Étalage de bières dans un resto-bar au bord de la plage, Jeju-Do, juillet 2019, Danny Plourde.

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Je ne maitrise pas l’art poétique de décrire le goût des bières; c’est dommage, car c’est en ce moment que ça me serait utile. Je me contenterai de vous dire qu’elles sont bonnes (mais ça ne se compare pas avec ce qui se fait au Québec…) #Quebeclove

Je n’ai pas toujours la chance de me trouver une microbrasserie et leurs bières coûtent quand même la peau du luc, surtout que le dollar canadien ne vaut plus rien comparé au won coréen qui, lui, a pris beaucoup de valeurs depuis les dernières années.

Du coup, je me tape de la Hite pis de la Cass, pis beaucoup de makgeolli, un alcool de riz pétillant, un peu laiteux, très bon marché. Aussi, il m’arrive de trouver des bières industrielles qu’on ne peut espérer boire au Québec sans passer par la SAQ, comme celle-ci, en provenance du Japon :

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Mon camp de chasse aux mots

Pour écrire, lorsqu’il fait si chaud et que j’ai un peu de temps à moi (ce qui est quand même plutôt rare), je me suis trouvé un coin de table au beau milieu d’un bois en montagne. Personne ne vient me déranger, je peux fumer des clopes pour éloigner les maringouins (mais ça ne suffit pas, il me faut m’appliquer une chiée de produit chimique partout pour éviter d’être bouffé tout cru) et boire ce que j’ai réussi à trimballer dans mon sac à dos. Aussi, et c’est peut-être ce qu’il y a de plus de pratique, je peux pisser juste à côté pour marquer mon territoire allègrement. Pas besoin de faire la file dans les toilettes publiques (parce qu’en Corée, tu n’es jamais le 1er, jamais même le 2e, il y a toujours quelqu’un qui a pensé avant toi à la même chose que toi…). Une sorte de paradis, quoi !

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Ma cachette dans le bois en flanc de montagne pour écrire, parc Jungan, Bundang, juillet 2019, Danny Plourde

C’est là que je travaille mon prochain recueil de poésie. Car, à part ces quelques mots que vous êtes en train de lire, j’écris essentiellement de la poésie, ou plutôt, je travaille de la poésie déjà écrite. À vrai dire, je suis en pleine réécriture et pour moi c’est l’une des étapes les plus agréables du processus de création littéraire. Je relis sous tous les angles, je prends mon temps, je chasse les redondances, bref, je m’éclate. #LesBoucliersHumains = à venir.

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Ma face dans un fishnet pour me protéger des bébittes pendant que je travaille mon prochain recueil, parc Jungan, Bundang, juillet 2019, Danny Plourde.

Quand j’écris pas dans le bois, je le fais à une terrasse d’un resto-bar plutôt crade nommé Crevasse, ce n’est pas une blague. Je tombe alors là-dedans parfois et me prends quelques bocks de seng-mekchu (de la Cass). Il y a une télé qui passe en boucle ou de la K-pop ou du baseball, c’est une ambiance. Les vieilles serveuses sont gentilles et m’offrent un tas de p’tits cadeaux pour me remercier d’avoir choisi leur commerce. Un étranger qui parle un peu coréen, c’est bon pour leurs affaires. Je suis une pub vivante (en fait, jusqu’à une certaine heure je suis une pub vivante parce que, après quelques heures, je dois plutôt effrayer les clients, ou les attrister…) Je m’efforce de quitter avant d’atteindre ma limite ou de tout bousiller mes textes.

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Ma table pour écrire au resto-bar Crevasse, Seoyeong, Bundang, juin 2019, Danny Plourde.

Manger du vivant

Et côté bouffe, pour faire passer tout ça, je me tape des soupes de l’enfer dont le liquide brûle tout ce qu’il touche : langue, lèvres, menton, cou, torse. J’essaie des trucs imprononçables; bien souvent, je ne sais même pas ce que je bouffe et, vraiment, il ne faut pas manger avec les yeux, car ça aveugle (gne). Or, c’est toujours succulent. Et puis rien ne m’effraie, j’ai quand même déjà mangé du chien avec le beau-père il y a quelques années pis dernièrement encore de la pieuvre vivante, voir vidéo sur les réseaux sociaux. La bouffe coréenne, c’est tellement plus que le kimchi; la bouffe coréenne, c’est un trésor de l’humanité… 

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Miam! des intestins(?) de poisson (?), Danny Plourde

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Danny Plourde : 1, Monsieur le poisson : 0

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Soupe d’intestins et de boudin de porc, délicieux, Danny Plourde

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Ramyon cheap pimpé avec de la pieuvre pis des big ass crevettes, Jeju, Danny Plourde

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Mon spot à Seoyeong pour manger du sun-dae (intestins de porc dans de la sauce piquante), Danny Plourde

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Barbeq de coquillages, de palourdes pis d’autres friandises de la mer, Taean, Danny Plourde

Enfin, pour chaque post de ce blogue, j’écris depuis un café de Seoyong, en matinée. Ils ont la clim (en fait, en Corée, la clim est partout trop forte, on en tombe malade…) Je bois des teugun americano qui coûtent genre 6-7$ (le café est vraiment cher en Corée, je dirais même que c’est très bourge) pis je bouffe mon croque-monsieur (manger du dur, ça fait du bien aussi une fois de temps en temps).

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Mon spot pour écrire ce blogue, The Coffee Bean, Seoyeong, Bundang, Danny Plourde

Il y a tant à dire encore, à partager. Je reviendrai avec des mots pis des clichés au sujet d’autres voyages dans les régions éloignées de Corée.

P.-S. À l’arrière plan de la dernière photo, eh oui ! C’est bien une succursale de la librairie Pauline !! Tiens ! Je vais aller y jeter un oeil… 😉

DPLRD

 

 


Un Quèb en Corée (ses filles, les fleurs) – II –

Au Québec, avec l’école pour la grande et le CPE pour la petite, mes journées se déroulent souvent dans l’attente de les retrouver afin de poursuivre la routine repas-bain-dodo (et lecture du Chien bleu de Nadja pour la 96e fois).

En Corée, nous passons les journées entières avec les enfants, nous les retrouvons, mais certaines de ces journées nous épuisent et me rappellent l’effet accumulé des nuits courtes. Voyager avec des enfants n’est pas toujours une partie de plaisir. Chicanes et pleurnicheries sont fréquentes.

Fatigués, nous sourions moins, nous soupirons souvent. Pour changer ça, je cherche les fleurs. Je cherche à les épuiser par la marche et la découverte.

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Vue sur le sud de Séoul depuis la tour d’un poste forestier à Bundang, Danny Plourde, juin 2019.

Dès les premières journées de notre retour en Corée, j’ai fait la tournée des parcs de notre quartier, Seoyeong. Un quartier composé de plusieurs centaines d’immeubles de 20-30 étages, des tours d’habitation gigantesques, mais très bien entretenues. On est loin d’une vision apocalyptique du milieu urbain déshumanisé; après tout, le territoire est si petit si l’on considère le nombre si grand d’habitants. On ne peut qu’applaudir l’ingéniosité coréenne de l’occupation du territoire, le sens de l’urbanisme qui sait marier les pratiques ancestrales d’horticulture avec le besoin pratique d’entasser un amas ahurissant de citadins au même endroit, des familles pour la plupart (un couple avec deux enfants). Il y beaucoup de parcs, beaucoup de montagnes, il est donc facile de s’échapper de la ville et des tours.

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Clémence et Sey-Aube, Parc Jungang, Bundang, Danny Plourde, juin 2019.

Du coup, des parcs, on en trouve sans les chercher. Après quelques jours, on aime davantage aller explorer. Trouver des fleurs, se laisser émerveiller par les petits ponts, les pierres, l’écorce des arbres.

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Sey-Aube Park Plourde, Parc Jungang, Bundang, Danny Plourde, juin 2019.

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Clémence-Zia Park Plourde, Parc Jungang, Bundang, Danny Plourde, juin 2019.

Lorsqu’on s’éloigne des centres, des routes, des rues, et qu’on préfère emprunter les chemins, les sentiers, on découvre ce qu’il faut pour retrouver la force de poursuivre les journées avec sourire. Les ruminations s’en vont, tout est en place pour profiter pleinement de chaque seconde.

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Forêt de Séoul, Danny Plourde, juillet 2019.

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Sey-Aube Park Plourde, Seoyeong-yok, Danny Plourde, juin 2019

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Parc Yuldong (Bungee park), Bundang, Danny Plourde, juin 2019.

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Nabi-si (monsieur le papillon), Danny Plourde, juillet 2019.

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Parc Yuldong, Bundang, Danny Plourde, juin 2019.

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En route vers Yuldong depuis les sentiers, Bundang, Danny Plourde, juin 2019.

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mes filles au parc Yuldong, Bundang, Danny Plourde, juin 2019.

Les enfants ont besoin de bouger, de découvrir de nouveaux endroits. Mes filles me rappellent que je suis peut-être encore un enfant. Je les en remercie.

DPLRD


Un Québécois en Corée -1-

Ce n’est pas la première fois que je viens ici, ce ne sera certainement pas la dernière. Je ne fuis pas le Québec, pour tout vous dire, mais il m’arrive souvent de vouloir aller voir ailleurs. Parfois cet ailleurs est au plus profond de soi, parfois il exige un billet d’avion et 15-16 heures de vol.

Avant de partir, je suis allé m’acheter des livres, je veux dire, je suis allé acheter de mes propres livres, Le Peuple du décor, question d’en refiler à l’alliance française de Séoul et à quelques amis là-bas. La tâche n’a pas été facile, presque nulle part on en tenait encore… après seulement un an depuis sa sortie. Peu importe, je. Ai trouvé deux et ma mission d’ambassadeur est accomplie.

Avant l’avion, avant le départ, j’ai marché les trottoirs et vu les nourrissons d’autres espèces en état de putréfaction.

Ça m’a rappelé l’importance de me laisser emporter par le bruit des vagues, malgré l’odeur du varech, malgré les bestioles qui grimpent aux jambes, malgré tout ce qu’on dit de nous lorsque nous nous tenons debout.

Non, Nous n’avons pas survolé la Corée du Nord, mais nous avons eu une pensée positive empreinte de Soleil lorsque les bonhommes sept heures se sont serrés la main.

Le grand-père me dit que la Réunification aura peut-être lieu d’ici une dizaine d’années. En attendant, il grimpe des montagnes et regagne sa jeunesse en jouant des chansons coréennes folkloriques avec sa guitare 12 cordes à mes deux filles, des fans finies.

Nous avons devant nous tout un été, on dit aussi une vie à reprendre.

C’est un refrain à faire entendre.

DPLRD.2019


Gaspésie : La route du libre feu (encore une fois)

Rien n’était visible. La lassitude ordinaire traînait dans les chaussures. Depuis les cendres poudreuses des saillies de Montréal, les klaxons interminables, les coups de pelles, les scies mécaniques, tous ces outils de l’horreur qui vous empêchent de réfléchir….

Comment espérer trouver ces vestiges des coureurs des bois, ou même ceux de celles de nos sœurs et frères chasseurs autochtones ? #leavenotrace

Là où je passe, j’échappe de petits copeaux de civilisation, mais je ne laisse, si possible, aucune trace. J’enterre mon lendemain de veille, je me lave à la citronnelle, je bouffe les baies sauvages, et j’hume le début du Jour.

Aucun archéologue ne pourra vraiment témoigner du rythme saccadé de ma présence sur le territoire. Je suis un fantôme. Un fantôme  loin des aéroports. Un fantôme décomplexé qui ne demande qu’un coin de bois où transpirer.

Je respire tout

Simplement

Et je souffle la braise

Je la cajole du bout

Des lèvres comme un baiser

Donné pour bâtir

Un moment de chaleur

Parmi les déchets, les mégots, les bouteilles vides de Pit, je trace un chemin qui accompagne, qui s’adapte, je suis le taximan, je suis là pour porter le poids de la souffrance des autres. Aucun naufrage ne justifiera l’abandon. Il y a ces petites rivières, ces petites clairières; il y a ces petits instant où vieillir est un bon moment.

Je suis parti pour me retrouver, je n’y suis pas tout à fait parvenu, mais j’ai quand même apprécié la liberté des plages du Barachois, le frette médical de la rivière aux Émeraudes, puis que dire de ces feux conçus sans papier… ces étoiles sur les galets déposées…

Il faut se laver les os dans la plus froide des eaux

Retrouver l’essence de la survie

Un bout de lumière sous les branches

Dans la fosse nager sa vie

Les secondes passent si vite entre le réveil et la biture coutumière

Des années lumière l’ouverture les mauves l’esprit jaune

Je chante les autres leurs chansons

Quand elles sont simples

J’oublie les refrains

Mais mes doigts se souviennent

Même s’il manque une corde à la guitare

La lune se lève au-dessus du Barachois

Le feu nous protège des bestioles

la puce des sables le maringouin

Bientôt l’éclipse s’impose c’est un spectacle

C’est une soirée comme on en désire plus d’une fois

Le chemin qui mène à la lune

Est un chemin d’illusions

Nous l’empruntons au gré du rugissement des moutons

Combien encore sont accrochés
à leur téléphone quand passe
l’Inimaginable

Dormir sur la grève est une délivrance

Une chance qui s’accompagne de quelques rires

Personne ne sait où je suis

Si ce ne sont que ces précieux amis

Pour qui je serais prêt à me battre

Pour qui je donnerais bien ma vie

Et quand au réveil le vent hurle sur les berges

Et que les vagues vomissent les algues

Je n’en ai rien à foutre du sable

Je me lève avec la certitude que je ne sais rien

Et puis tout recommence incroyable

Faire un feu manger

Bouillir de l’eau la traiter

Trouver l’instant d’écrire

Partir au bout du Québec

Une autre fois

Pour toujours le monde

Écouter les oies les goélands

Me dire de crisser le camp

Je reviendrai averti

Avec une gueule de conquérant

Tout pour me persuader

Que tout cela ne disparaîtra

Jamais


la bête chaude

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Cliché capté en 2016 dans le Parc national de la Gaspésie, DPLRD

Je reproduis ici, sans artifices inutiles, le libre verbatim poétique d’une présence magistrale du professeur de philosophie amérindienne, ÉTIENNE ROUILLARD, offerte au congrès de l’APEFC (Association des professionnels de l’enseignement du français au collégial) qui a eu lieu le 5 juin 2018 à Joliette. Le Métis québéco-innu nous a partagé un précieux moment où l’art de la chasse conjugue le respect de la vie et le souci de la filiation naturelle. Le titre est de moi (mais inspiré d’un retour de Sébastien CoRhino…)

La bête chaude

chasse à l’arc
rivaliser avec l’animal
sur son propre territoire

être près de lui
à portée de flèche
approcher l’animal
prendre de lui ce qu’il est

apprendre de l’animal
chercher les traces au sol
où il dort
mange
boit

c’est comme monter dans un sanctuaire
à la brunante faire le moindre bruit
comme un éléphant dans le bois
les arbres nous entendent

la brunante s’installe
deux femelles avec leurs p’tits
il faut être proche d’eux-autres
un clignement d’oeil et ça s’enfuit
changement de lumière
dans le regard

le temps de les voir
la tête baissée
croquer la pomme laissée
pour les leurrer
le bruit d’un geai bleu

à un moment précis
la femelle moyenne se couche
sur la plus âgée
la mère tasse la plus vieille fille
parce qu’elle garde son lait
pour son plus jeune

le virage d’une chouette
entre deux arbres

la noirceur se dépose
rester dans le bois
dormir là avec la chanson
des grand-mères
qui nous amenaient loin
en amont des rivières

un sommeil léger
comme un parent conditionné
aux pleurs du bébé
craquement de branches
feuilles d’automne avancé

le mâle sait
le chasseur est là
il y a un piège

décocher la flèche
la seule de l’année
la mortelle

le mâle s’avance
l’arc se bande tranquille
la flèche est décochée
une bête meurt

tuer sans faire souffrir
la plus grande des victoires
compter le nombre de pas
avant que ça s’effondre

l’âme de l’animal
nourrit plus que sa viande
quand l’on voit sa vie sur le point
de le quitter

le corps chaud
les cils encore fragiles du père
deux choses à lui dire
Merci pour les filles et les fils
qu’il a faits
Merci d’avoir continué
la vie

Performance d’Étienne Rouillard, mise en vers par Danny Plourde, 1re semaine de juin 2018, Joliette (Québec) Amérique du Nord


Le peuple du décor : Lancement mercredi 18 avril 2018

Mon dernier roman, « Le peuple du décor », est disponible en librairie depuis quelques semaines.

Ici, une première critique du livre, publiée dans Le Devoir.

Le lancement aura lieu le mercredi 18 avril, au bistro-pub Le Major Tom en formule 5@7.

Ce sera un bonheur de vous (re)voir et d’échanger avec vous les dernières nouvelles.

Bon printemps !

Lancement.2018